【Séminaire】CACIE 2023 – La 3e édition du Forum International de l’Education des Arts : l’éducation des arts et le développement de l’urbanisme

Date:28 octobre 2023
Lieu:Centre national des congrès de Chine

【Séminaire】CACIE 2023 – La 3e édition du Forum International de l’Education des Arts : l’éducation des arts et le développement de l’urbanisme

Introduction:

La 24e Conférence et Exposition internationale sur l'éducation en Chine (ci-après dénommée la Conférence annuelle), approuvée par le Conseil d'État et soutenue par le ministère de l'Éducation, est un événement annuel sur l'éducation internationale. Organisée par l'Association chinoise de l'éducation pour les échanges internationaux (CEAIE), elle se tient une fois par an depuis 2000 et constitue la plus grande plate-forme de coopération et d'échange dans le domaine de l'éducation en Chine, ainsi que l'un des plus influents et des plus complets événements jamais organisés en Asie sur l'éducation internationale.

Ayant pour thème d' "Avancer et se connecter : faire converger le pouvoir de l'éducation", la 24e Conférence annuelle s'est déroulée principalement à Beijing du 26 au 28 octobre 2023, incluant la session plénière, 40 forums, l'Exposition internationale sur l'éducation en Chine, des discours thématiques, et également plus de 10 négociations bilatérales entre la Chine et les pays étrangers, etc. L‘évènement a compté plus de 4500 participants venant de plus de 60 pays et régions du monde entier, et qui sont des services administratifs éducatifs, des organismes internationaux universitaires et institutionnels d‘éducation, des ambassades et consulats des pays étrangers en Chine de même que des représentants d‘entreprise.

Dans le cadre de la conférence de cette année, le Forum international sur l'Éducation des arts s'est tenu le 28 octobre au Centre national des Congrès de Chine. Invité par le Comité international sur l'Education artistique de CEAIE, M. Philippe Cinquini a été invité à participer à la conférence pour avoir prononcé un discours important intitulé "Les beaux-arts et la ville : une histoire de patrimoine et de création".

M. Philippe Cinquini

Professeur Philippe Cinquini avec l'animatrice du forum, Professeure Lin Yi, de l'Université de Pékin.

Professeur Philippe Cinquini remet un livre au professeur Yang Bo de l'Académie des beaux-arts de Lu Xun

Texte intégral du discours :

« Urbi et Orbi » en latin - à la Ville et au Monde, c’est ainsi que le pape s’adresse solennellement plusieurs fois par an. La Ville, c’est Rome, déclarée « Ville éternelle » depuis deux mille ans par les empereurs romains.  Une ville qui se voit liée au monde, universelle en somme, éclairant l’histoire jusqu’à notre époque. Ce discours s’inscrit dans les arts et le patrimoine d’une ville à l’héritage immense.

L'Académie d'Athènes
1508-1512
Raphaël (1483-1520)
Musées du Vatican

Si exemplaire, voyons la fresque de Raphaël intitulée L’École d’Athènes peinte au tout début du XVIe siècle dans une « chambre » du Vatican (une bibliothèque, en fait). L’œuvre présente la Philosophie et les figures majeures de la pensée antique. Au centre, dans l’axe de la perspective, deux personnages, les plus importants, Platon à gauche sous les traits de Léonard de Vinci et à sa droite, un Aristote encore jeune et barbu. D’un côté les idées, le Bien, l’idéalisme de Platon, disciple de Socrate, pointant le ciel, alors qu’Aristote étend sa main sur le monde, sur le monde réel, celui de la matière, champ d’application de la raison, des sciences et des techniques. Dans un dialogue perpétuel, l’idéalisme et l’empirisme convergent en une recherche jamais assouvie de la Vérité, du Bien et de la Beauté.

Or, cette vision, qui est une mise en perspective, une mise en ordre de la Nature par l’homme, l’homme situé au centre du monde, cette vision appelle de ses voeux la Ville – l’homme voit le monde, il voit la ville et l’érige. 

La ville idéale (Urbino)
Galerie nationale des Marche

Raphaël était d’Urbino, et évoquons maintenant cette « Cité idéale » d’Urbino, une peinture réalisée vers 1490. L’image est construite autour d'une perspective à point de fuite central, la représentation est purement architecturale sans la présence humaine. L’humanité, c’est précisément le regard porté sur le monde, dans une vision incarnée par la ville, la ville de la « Vérité », du « Bien » et du « Beau ».

Avec cette conception, l’humanisme de la Renaissance reprenait l’idée antique de « l’Homme est la mesure de toute chose ». En fait il faut comprendre que l’homme est le citoyen d’une cité dont le centre est occupé par la ville. Cette pensée est aussi une éducation qui amène à la connaissance de la vérité, du bien et du beau.

L'Homme de Vitruve, vers 1492
Léonard de Vinci (1452-1519)
Musée de l'Académie de Venise, Italie

L'une des illustrations les plus parfaites de ce principe est offerte par « l’Homme de Vitruve » – célèbre dessin de Léonard de Vinci réalisé vers 1492 à partir d’une lecture du traité d’architecture de Vitruve. Pour qu’un bâtiment soit beau, pour qu’une ville soit belle, elle doit posséder des qualités de symétrie et de proportions parfaites ; en conséquence, le corps humain est lui-même une architecture symétrique et proportionnée. De l’époque moderne à l’époque contemporaine, cette image de l’homme a évolué : de la Renaissance à l’esprit des Lumières qui anima la Révolution française, l’homme toujours placé au centre, est un homme désormais seul, face à lui-même, sans Dieu.

L’Écorché, 1792
Jean-Antoine Houdon (1741-1828)
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Tel « l’Écorché » de Houdon, grand bronze de 2 mètres de haut, coulé en 1792 et conservé à l’École nationale supérieur des beaux-arts de Paris, ici, l’homme avance en mesurant le monde (avec un fil à plomb), en quête de la Vérité, et surtout de celle qui se cache derrière les apparences, même de celle qui se cache sous sa peau.  Le regard plus critique est aussi plus politique : l’homme avance vers une libération par la connaissance et les sciences. L’Écorché, c’est la Révolution, le progrès en marche, et c’est toujours la nature ordonnée avec la ville au milieu. 

Cette pensée humaniste se retrouve et se conjugue au XXe siècle chez des personnalités du monde entier, qui malgré les différences de civilisations, se rejoignent sur le fond. 

Paul Valery (1871-1945)

Cai Yuanpei (1868-1940)

Ici, entre la France et la Chine, Nous avons un observateur prophétique et un poète inspiré, Paul Valéry, ainsi qu’un réformateur courageux (un homme politique) et un éducateur infatigable, Cai Yuanpei. Ce Platon français et cet Aristote chinois coïncident sur une certaine idée de l’homme, de la société, et de la ville.

Voyons pour Paul Valéry son Eupalinos ou l’Architecte (dialogue chez les morts entre Phèdre et Socrate) publié en 1921. Chez Valéry, l’architecture est ce qui, dans la philosophie, fait le lien entre l’idée et la pratique.

À bien des égards, Paul Valéry rejoint la pensée de Cai Yuanpei qui avait décrit en 1922 dans une revue pédagogique un programme intitulé « Mettre en pratique les méthodes de l'éducation artistique ». Dans ce texte, c’est bien de la ville dont il nous parle en long et en large, et au cœur de cette ville se trouve une École des beaux-arts. L’élan, impulsé par Cai Yuanpei, s’est traduit par le départ de centaines d’étudiants chinois aux Beaux-Arts de Paris. Les élèves chinois y furent les étrangers les plus nombreux entre les deux guerres mondiales, avant les Américains et très loin devant les Japonais…

Xu Beihong arrivé en 1919 à Paris, intégra l’École nationale pour plusieurs années. Il y apprit le dessin académique, à dessiner et à peindre le corps et à animer ses figures dans la peinture d’histoire.

La seconde cour de l'Ecole des beaux-arts
Charles-Léon Vinit (1806-1862), exposé au Salon de 1850
École nationale supérieure des beaux-arts, Paris

Xu Beihong (1895-1953)

Cette école des Beaux-Arts fondée au début du XIXe siècle était l’héritière de l’Académie royale, juste en face du Louvre. Dans sa physionomie actuelle, l’École fut conçue par l’Architecte Duban et elle reçut comme gardien du temple, le grand peintre Dominique Ingres, car il ne s’agissait pas seulement d’un temple où l’on rendait un culte au beau, mais le lieu où le beau était fabriqué, transmis et conservé comme un trésor, depuis l’époque des rois et des empereurs jusqu’à la République.

À l’image de la fresque de Raphaël à Rome, dans l’hémicycle d’honneur des Beaux-Arts de Paris, la Renommée (ou le Génie de Arts) distribue ses couronnes. Elle est entourée des grands artistes de tous les temps : au centre Phidias avec deux autres artistes de la Grèce antique composant le jury. À droite…Léonard Vinci, Michel-Ange, Poussin,À gauche…Véronèse, Titien, Rembrandt... Dans cet hémicycle, les lauréats du Grand Prix de Rome recevaient leur prix…

Les grands maîtres autour d'Apelle, Ictinos et Phidias, 1841
Paul Delaroche (1797-1859)
Hémicycle d’honneur des Beaux-Arts de Paris

Xu Beihong ne put obtenir le Grand Prix de Rome, car il était réservé aux élèves français – malheureusement – mais le jeune prodige chinois fit mieux ! Il retourna en Chine fort de ce qu’il avait appris en France avant de partir en Inde, pour peindre auprès de Rabindranath Tagore (et de Ghandi), l'un des plus grands chefs-d’œuvre de l’art moderne chinois, à l’huile et à l’encre : Yugong Yishan – le Fou déplacant la Montagne, une grande histoire chinoise, au message universel porté par des modèles indiens. C’est proprement vertigineux. Ainsi, entre les Beaux-Arts et la Ville, au moyen de l’éducation, le patrimoine aboutit à la création.

le Fou déplacant la Montagne, huile sur toile, 1940
Xu Beihong (1895-1953)
Musée commémoratif de Xu Beihong, Pékin

Paul Valéry qui rédigea en 1933 la préface de l’exposition organisée par Xu Beihong à Paris l’avait bien compris, en disant que « Désormais, les artistes chinois sont en possession de deux passés, le leur et le nôtre... »

Je vous remercie !