Artistes de l’Est et de l’Ouest, réunissez-vous ! – Le projet artistique d’André Claudot en Chine (1926 – 1930)

Art Research, n.3 2021

Artistes de l’Est et de l’Ouest, réunissez-vous ! – Le projet artistique d’André Claudot en Chine (1926 – 1930)

Philippe Cinquini, Artistes de l’Est et de l’Ouest, réunissez-vous !  - Le projet artistique d’André Claudot en Chine (1926 - 1930) [东西方的艺术家们,团结起来!”——安德烈·克罗多在中国的艺术计划(1926—1930)]Meishu yanjiu 美术研究 Art Research, n.3 2021, p. 71-77.

Résumé:

Si l’historien britannique Michael Sullivan parle de Claudot, il en parle peu et mal : « He was a minor artist at best, and the question of how much he may have influenced Lin Fengmian (1900-1991)’s rediscovery of the Chinese Brush is not easy to answer. » Puis, il évoque un autre peintre, le Tchèque Vojtech Chytil (1896-1936) auquel il donne incidemment une importance équivalente, sinon supérieure, comme pour effacer l’impression première au sujet du Français. Au moins, reproduit-il un des dessins à l’encre fait à Pékin en 1927, un porteur aux paniers à balancier, mais c’est tout. Sous la plume de Sullivan, le chapitre Claudot est vite refermé.

Pourtant, en dépit de ce qu’en pense le scholar d’Oxford, Claudot est partout visible en Chine, là où il est passé. Pas de musée, ni d’exposition à Pékin, Hangzhou ou Shanghai, qui d’une manière ou d’une autre ne montre une photographie ou de chronologie dans laquelle n’apparaisse son visage ou son nom en chinois : 克罗多Ke Luo Duo. Aussi, entre l’opinion de Sullivan et sa présence diffuse en Chine, l’histoire d’André Claudot suscite peu ou prou une question : comment expliquer les moyens de la naissance de l’art moderne chinois au début du siècle dernier.

La révolution artistique qui accompagnait la révolution chinoise, avait une dimension politique. Or, l’engagement d’André Claudot, comme celui de ses camarades chinois, ne coïncidait pas avec l’opposition entre les nationalistes et les communistes ; le récit de cette lutte domine aussi bien l’historiographie chinoise que, a contrario, l’historiographie occidentale. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les intellectuels chinois distinguaient clairement les modèles européens de civilisations, notamment la civilisation française, du monde anglo-américain. Claudot apporta à l’anarchisme son pouvoir de rayonnement en Chine, par le truchement de la France, et finalement, ce furent les révolutionnaires nourris par l’exemple français qui l’emportèrent en Chine en 1949. Claudot prit part à cet élan, en conjuguant des personnalités et leurs talents, à un moment où les idées anarchistes, démocratiques et égalitaires comptaient encore dans les débats.

Dans cette aventure chinoise, la relation d’André Claudot avec Lin Fengmian (1900-1986) fut cruciale et elle nous mène à la question artistique ; Sullivan l’a bien vue, sans donner de réponse. Or, la ressemblance de l’œuvre de Lin Fengmian avec celle de Claudot est évidente au premier coup d’œil, et si cela ne suffisait pas, il peut être démontré que cette analogie dans la manière et dans les sujets ne doit rien au hasard. En effet, tout part d’un projet déclaré. Certes, ce projet d’André Claudot en Chine, relayé par Lin Fengmian, ne fut pas le seul dans le domaine des Beaux-Arts ; on pense à ceux, concurrents, de Liu Haisu (1896-1994) et de Xu Beihong (1895-1953), mais, comme eux, Claudot et Lin Fengmian remplirent une partie importante du de l’art chinois moderne en voie de constitution, par les œuvres créées, les nouvelles écoles d’art instituées, et à travers tous les aspects, expositions et débats de la vie artistique.

Quel fut le projet artistique d’André Claudot en Chine ? Nous en distinguerons ici les différentes étapes, dans leurs dimensions artistique et politique.