L’obsession du corps – Réflexions sur l’importance de l’anatomie artistique dans la formation et l’œuvre de Xu Beihong (1)

Art of Oil Painting, septembre 2017

L’obsession du corps – Réflexions sur l’importance de l’anatomie artistique dans la formation et l’œuvre de Xu Beihong (1)

Philippe Cinquini, L’obsession du corps - Réflexions sur l’importance de l’anatomie artistique dans la formation et l’œuvre de Xu Beihong (1) [人体的执念——徐悲鸿艺术训练和创作中艺用解剖的重要性之思考(上)]Youhua Yishu 油画艺术 The Art of Oil Painting, septembre 2017, p. 99-105.

Résumé:

Depuis plusieurs années, nous tâchons de rapprocher la trajectoire sociale de Xu Beihong de son œuvre et de son projet artistique. Dans cette mise en relation, son séjour d’études en France situé entre 1919 et 1927, et plus particulièrement sa période de formation comme élève à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris entre 1920 et 1924, sont très importants. En individualisant Xu Beihong, autant qu’en le situant dans un groupe et dans un mouvement que l’on peut appeler le « phénomène chinois à l’Ecole des beaux-arts de Paris », nous avons montré lors du précédent colloque en 2015, que Xu Beihong se situait à un moment charnière entre les premiers élèves chinois arrivés avant 1914 et la « vague chinoise » de la fin des années 1920 et des années 1930.

Cette trajectoire sociale et artistique trace la ligne d’un projet pictural dont un aspect nous intéresse particulièrement aujourd’hui. Il concerne la place de l’image du corps dans son œuvre. Pour mieux l’apprécier, nous proposons de revenir à la substance même de la formation académique telle qu’elle était encore pratiquée au début du XXe siècle à l’Ecole des beaux-arts de Paris. Dans ce qu’on appelle le trivium, à côté de l’étude du corps d’après le modèle vivant et celle réalisée d’après le modèle en plâtre, « l’anatomie artistique » constituait la face cachée d’une formation centrée sur le corps, sa représentation et sa signification.

Sur le plan technique et sémiologique, l’anatomie artistique a orienté l’œuvre de Xu Beihong vers des problématiques déjà anciennes (physiologie, morphologie, étude du mouvement etc.) mais qui prenaient une tournure particulière au début du XXe siècle aussi bien en Occident qu’en Chine, dans une mise en abîme de l’homme et de son image renouvelée par la science et soumise à la pression du champ du pouvoir.

A travers son œuvre - et aussi des références puisées en Occident et en France, d’Antonio Pollaiollo (1429-1498) à Paul Richer (1849-1933) - nous monterons que Xu Beihong eut conscience de cette question et qu’il apporta une réponse picturale originale et moderne particulièrement efficace en Chine au début du XXe siècle. On peut même avancer que Xu Beihong a grandement contribué à renouveler l’image du corps dans la peinture en Chine. Cette manière s’exprima particulièrement dans sa peinture d’histoire car elle déploie et met en mouvement de façon inédite le corps de l’homme chinois.