Entre mémoire et histoire, le parcours de Xu Beihong en France vu à la lumière des archives de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (1919-1927)

The Art of Oil Painting, mars 2017

Entre mémoire et histoire, le parcours de Xu Beihong en France vu à la lumière des archives de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (1919-1927)

Philippe Cinquini, Entre mémoire et histoire, le parcours de Xu Beihong en France vu à la lumière des archives de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (1919-1927) [历史与记忆之间:巴黎国立高等美术学院档案照亮徐悲鸿留法历程(1919-1927年) ]Youhua Yishu 油画艺术 The Art of Oil Painting, mars 2017, p. 99-105.

Résumé:

Le point de départ de notre réflexion est un questionnement historiographique. En effet, il existe dans le champ de recherche qui nous concerne un jeu subtil entre les besoins de la mémoire et ceux de l’histoire. Dans cette nécessaire tension, les documents d’époque, « les sources primaires », permettent toujours de mieux ajuster la mémoire à l’histoire tout en lui permettant de se renouveler et de mieux perdurer. Concernant le séjour de Xu Beihong en France, nous pensons que beaucoup de documents restent à mettre au jour, à dépouiller et à exploiter pour mieux connaître cette période de la vie du maître essentiellement comprise entre 1919 et 1927.

Lors du précédent colloque, nous avions déjà abordé cette question. Nous y revenons dans un contexte moins polémique et après avoir fait depuis la démonstration du lien qui exista entre Xu Beihong la peinture académique française et l’École des beaux-arts de Paris. Aujourd’hui, nous poursuivons ce propos avec une bien meilleure connaissance des sources, notamment celles qui proviennent des archives de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris conservées aux Archives nationales à Paris. Ce fonds est côté « AJ52 » et il concerne la vie de l’École de 1793 à 1968. Il a rejoint les Archives Nationales - on parle de « versement» - à partir de 1972 ; il se trouve physiquement aujourd’hui et depuis peu à Pierrefitte sur Seine, au bout de la ligne 13 de métro qui traverse Saint-Denis au nord de Paris.

Il est tout a l’honneur de Xu Beihong, « JU PÉON », et de ses camarades chinois d’avoir leur place dans cette histoire multiséculaire de l’École des beaux-arts de Paris. De même, l’École des beaux-arts s’est enrichie de cette présence chinoise au point que ce chapitre de son histoire représente un des exemples les importants de son rayonnement dans le monde. En effet, les documents, encore davantage que la mémoire, nous révèlent qu’il a existé un « phénomène chinois » à l’École des beaux-arts de Paris ; il a été très important, au point qu’on puisse parler d’une « vague chinoise » entre les deux guerres mondiales. Or, personne jusqu’à présent n’en a noté l’ampleur. Certes, on a perçu les trajectoires de certains artistes croisant celles d’autres rue Bonaparte, mais sans jamais voir que le mouvement d’études des artistes chinois en Europe et en France était essentiellement centré en nombre et en qualité sur l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.