Philippe Cinquini, Xu Beihong et ses maîtres français : un parcours d’excellence (徐悲鸿和他的法国老师们:一段杰出的艺术历程 ), Meishu yanjiu 美术研究 Art Research, avril 2015, p. 15-22.
Résumé:
Le 30 octobre 1922 de Xu Beihong se fend d’un article au sujet Léon Bonnat (1833-1922). Deux mois plus tard, il poursuit son compte-rendu français en évoquant Albert Besnard qui prend alors la direction de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Sur un ton Journalistique, le texte exprime le goût de Xu Beihong pour Besnard et l’art français. Aussi, on ne s’étonne pas de voir Xu Beihong encore en relation avec Besnard dix ans plus tard, lorsqu’il revient à Paris pour sa grande exposition d’art chinois. Dès 1922, Xu est bien renseigné sur la biographie et l’art de Besnard. Il a vu ses œuvres et il les décrit en donnant son sentiment : « Monsieur (Besnard) est un des plus grands maîtres du monde, le géant des impressionnistes contemporains, la réussite de son art réside dans la douceur, le côté raffiné, la densité et la subtilité, avec ses touches floues et indirectes, c’est du jamais vu. » Il énonce même une proximité particulière avec le maître français : « Moi et le Français Besnard, on se comprend. » Comme un programme, Xu Beihong a choisi son camp : l’art académique français, héritier du grand art du XIXe siècle.
Ce rapport à Besnard nous suggère de voir d’une manière inédite les grands morceaux de Xu Beihong produits à son retour en Chine, entre la fin des années 1920 et 1940. Reprenant à son compte les problématiques qui furent précisément celles de ses maîtres français, Xu Beihong ne peut pas échapper au rapport problématique qui existait entre la peinture d’histoire et le grand décor. Dans son texte de 1922, nourri du contact direct avec l’original des plafonds de l’Hôtel de Ville de Paris, Xu Beihong admire la « construction majestueuse » de Besnard qui développe brillamment un sujet consacré à la science : point d’Histoire, mais de l’allégorie, du rêve et surtout du décoratif. Certes, Xu Beihong ne réalise pas de grand décor peint en Chine, car la situation ne le permet pas, mais on ne peut pas dégager Tianheng et ses cinq cents fidèles, En attendant le sauveur, Jiufang gao et d’autres grands formats, de leur caractère monumental et décoratif. Cette approche éclaire une partie immergée de l’expérience française de Xu Beihong et des leçons picturales qu’il en tire. Or, derrière Besnard, Flameng ou Cormon, Xu Beihong sait que se profile l’ombre radieuse de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) qui planait sur tous les jeunes artistes français de la deuxième moitié du XIXe siècle. Pour s’en convaincre, un visiteur du Musée national à Pékin (Guobo) fait face aujourd’hui à une gigantesque transposition en bas relief de Yugong Yishan. Malgré ses faiblesses, la copie a le mérite de rendre visible la dimension monumentale et décorative de l’œuvre originale de Xu Beihong, réalisée en Inde dans les deux techniques, à l’huile et à l’encre. Ce rapport de Xu Beihong à la grande peinture décorative française neutralise en partie les contradictions de sa peinture (dite) d’histoire. Indépendamment de ses légitimes racines orientales, nous avançons, d’un point de vue formel, que si Xu Beihong ne fait pas de la grande peinture d’histoire à l’occidentale, il a tendance à faire, sur de grands formats destinés au musée, du décor historisant…








