Philippe Cinquini, François Flameng (1856-1923) : un grand peintre d’histoires (弗朗索瓦·弗拉孟:叙事性绘画的名家), Meishu 美术 Art Magazine, mars 2014, p. 128-133.
Résumé:
Entre le centenaire du poète Banville et le trésor de Toutankhamon, le journal L’Illustration rend hommage à François Flameng dans son numéro du 10 mars 1923. Le texte de Jacques Baschet, frère du patron du plus grand magazine illustré d’Europe, ne manque pas d’intérêt car il donne à voir la manière dont le peintre est perçu au début des années 1920, période où précisément Xu Beihong fréquente son atelier. Or, Baschet ne complait pas au défunt et à travers sa franchise s’exprime un regret : Flameng fut un artiste doué qui, malgré son succès, aurait été peu valorisé par son époque dans ce qu’il avait de meilleur. Et seule son œuvre de guerre, celle justement diffusée par le journal L’Illustration entre 1914 et 1918, serait en mesure de marquer la postérité. Cette dissonance dans la mélodie de l’hommage traduit-elle une réception déclinante de l’œuvre de Flameng, désormais mise en porte à faux avec les temps nouveaux ? En effet, que restait-il après 1918, de l’œuvre d’un Flameng, à ce point dominée par le portrait mondain et la peinture d’histoire, deux genres si caractéristiques d’une civilisation, celle de la Belle Epoque, engloutie par la Première Guerre mondiale ?
Aujourd’hui, il nous est plus facile de comprendre l’opinion de Jacques Baschet tout en appréciant la place de Flameng dans le champ artistique français de la IIIe République (1870-1940). Tentons aussi une lecture générale qui nous permettrait de comprendre l’intérêt que Xu Beihong porta à François Flameng au seuil des années 1920. L’ampleur de l’œuvre de Flameng, avec son caractère de touche à tout, déroute. Mais une clé de lecture apparaît à travers la réponse apportée par Flameng à une question artistique cruciale au XIXe siècle : la relation entre la peinture d’histoire et la peinture décorative. En effet, les différentes facettes de l’œuvre de Flameng semblent s’organiser en fonction de cette problématique. De ce point de vue, François Flameng fut complètement un artiste de son temps et non pas le mal compris de sa génération, comme Jaques Baschet le laisse entendre.






