【Conférence】Le Musée imaginaire d’André Malraux

Date: 25 mars 2022
Lieu: Université des Etudes internationales de Shanghai - SISU, Shanghai

【Conférence】Le Musée imaginaire d’André Malraux

Introduction:

Le Musée imaginaire d’André Malraux

Conférencier : Dr. Philippe Cinquini

25 mars 2022, SISU

Le 25 mars, le département de français de l'Université des Etudes internationales de Shanghai (SISU) a organisé la deuxième conférence académique de la série "Salon de l'art et de la francophonie" et le camp de formation académique du niveau postuniversitaire. Le conférencier de cet événement, M. Philippe Cinquini, a donné une conférence sur "Le Musée imaginaire" et a guidé les étudiants à travers les idées artistiques d'André Malraux et le charme de la culture française.

La photographie la plus célèbre d’André Malraux, prise par Giselle Freund en 1935.

André Malraux, né le 3 novembre 1901 dans le 18ᵉ arrondissement de Paris et mort le 23 novembre 1976 à Créteil, est un écrivain, aventurier, homme politique et intellectuel français.

Le roman de Malraux, La Condition humaine, a remporté le prix Goncourt en 1933. Dans le domaine de l'art, Malraux était considéré comme un « écrivain de l'art » plutôt qu'un « historien de l'art ». De 1959 à 1969, il a été le premier ministre de la Culture de la Cinquième République française.

André Malraux, Prix Goncourt en 1933 pour son roman La Condition humaine

Écrits sur l’art d’André Malraux étant publié en deux volumes chez La Pléiade en 2004, Le Musée imaginaire est l'un des trois volumes de la Psychologie de l’art publié entre 1947 et 1950.

Les trois volumes de la Psychologie de l’art, publié entre 1947 et 1950

I.  Une prise de conscience

Le Musée imaginaire est avant tout une prise de conscience. Les musées d'art jouent un rôle crucial dans notre rencontre avec les œuvres d'art.

« Le rôle des musées dans notre relation avec les œuvres d’art est si grand, que nous avons peine à penser qu’il n’en existe pas, ou qu’il n’en exista jamais, là où la civilisation de l’Europe moderne est ou fut inconnue ; et qu’il en existe chez nous depuis moins de deux siècles ».

« Mais nos connaissances sont plus étendues que nos musées ; le visiteur au Louvre sait qu’il n’y trouve significativement ni Goya, ni les grands Anglais, ni la peinture de Michel-Ange, ni Pierro de la Francesca, ni Grünewald ; à peine Vermeer. »

« […] la réunion de chefs-d’œuvre dont tant de chefs-d’œuvre sont absents, convoque dans l’esprit tous les chefs-d’œuvre. »

André Malraux, Le musée imaginaire, édition de 1965, Gallimard, p. 9-10

Le Louvre a été construit en 1204 comme Palais-Royal. Le 10 août 1793, le Louvre ouvre ses portes au public pour présenter la collection du roi et les œuvres d'art acquises auprès des colonies et de l'Église. La tradition muséale française était donc révolutionnaire.

Bien que le Louvre soit de loin le plus grand musée du monde, il ne contient pas toutes les œuvres d'art de la planète. Pour Malraux, à notre époque, la photographie peut rassembler les arts du monde entier depuis la Préhistoire.

Hubert Robert, Projet d'aménagement de la Grande Galerie du Louvre, vers 1789

Par la photographie, pour la première fois, notre époque a rassemblé (peut rassembler) désormais les arts du monde entier depuis la Préhistoire.

II.  Une libération

Le Musée imaginaire est une libération des idées traditionnelles.

Malraux pense que toutes les œuvres d'art sont égales. Qu'il s'agisse de La Joconde du Louvre ou de la Poupée Kechina des Indiens d'Amérique du Nord, elles ont la même valeur esthétique. Le "Musée de l'imagination" a brisé les frontières de l'art et a renversé la domination de l'esthétique en Méditerranée.

Les éclairs d’André Malraux : Malraux ne recherche pas les causes d’une œuvre d’art (ce que fait l’historien de l’art), il cherche à la faire aimer; une œuvre peut être aimée sans causes.

III. Une métamorphose

Le Musée imaginaire est aussi une métamorphose artistique.

Il pense que ni les formes d'art ni les styles artistiques ne disparaissent au fil du temps. La métamorphose donne à l'art son immortalité. L’art ne meurt pas, il se métamorphose.

« Un crucifix romain n’était pas d’abord une sculpture, la Madone de Cimabue n’était pas d’abord un tableau, même l’Athéna de Phidias n’était pas d’abord une statue ».

André Malraux, Le musée imaginaire, édition de 1965, Gallimard, p. 9

Hubert Robert, Vue de la Grande Galerie du Louvre en ruines, Salon de 1796, Musée du Louvre

En épilogue, la postérité ?

« Le texte de Malraux ressemble à une simple série d’aperçus, parfois brillantes, parfois vaines, mais où l’on ne trouve nulle part ce sentiment de responsabilité qui fait l’érudit ou l’artiste. Rien ne prouve que Malraux ait passé une journée entière à lire dans une bibliothèque ni qu’il ait même essayé de se mettre en quête d’un fait nouveau. »

Ernst Gombrich, André Malraux and the crisis of expressionism

The Burlington Magazine, décembre 1954.

Collection L‘Univers des Formes

L’Univers des formes, dont le dernier titre a paru en 1997 dans sa version originelle, est une « Histoire universelle de l‘art » en 42 volumes, reliés et abondamment illustrés de documents souvent inédits, confiés à d’éminents scientifiques. Collection de prestige international, elle suit un plan mis au point par André Malraux — dont elle constitue la plus importante réalisation éditoriale, en prolongement de ses propres essais sur l‘art.
https://www.gallimard.fr/Divers/Plus-sur-la-collection/L-Univers-des-formes/(sourcenode)/116295

L’Univers des formes, c‘est le « Musée sans murs » convoqué par Malraux qui, fort des possibilités offertes par la photogravure, rend visibles en un seul lieu un nombre illimité d’œuvres, monumentales ou miniatures et de toutes origines, et favorise, par le traitement graphique des illustrations, les rapprochements que l‘œil peu exercé n’aurait su discerner. Directeur des collections, Malraux ? Disons plutôt celui d‘un musée, d’un « musée sur papier ».

Le Musée imaginaire d’André Malraux