【Conférence】SmartMuse Courses L’Académie et les Beaux-Arts – Episode 1 : La naissance de l’exposition (1)

Date: 10 janvier 2020
Lieu: Musée de Shanghai, Shanghai

【Conférence】SmartMuse Courses L’Académie et les Beaux-Arts – Episode 1 : La naissance de l’exposition (1)

Introduction:

Episode 1 : La naissance de l'exposition (1)

Animateur :

Liu Le (ancien vice-consul pour l'éducation, service de coopération éducative, consulat général de France à Shanghai)

Conférencier :

Philippe Cinquini

Doctorat en histoire et histoire de l’art de l’Université Charles de Gaulle (Lille 3) ; commissaire de l’exposition La Naissance des Beaux-Arts, du Grand Siècle à la Révolution, Chefs-d’œuvre des collections des Beaux-Arts de Paris. Membre de l’Association des Professeurs en Archéologie et Histoire de l’Art des Universités, membre du Shanghai International Culture Association (SICA), chercheur à l'Institut de l'art Xu Beihong de l'Université Renmin de Chine, professeur au département de français de l'Université des Etudes internationales de Shanghai.

Dong Qiang

Professeur et directeur de thèse, chef du département de français de l'Université de Pékin, titulaire des titres de "Chevalier de l'Education" et "Chevalier de la Légion d'Honneur" du gouvernement français, il se consacre depuis longtemps à la recherche universitaire et aux échanges culturels entre la France et la Chine. En 2009, il a fondé le "Prix Fu Lei pour la traduction et la publication" en coopération avec l'Ambassade de France à Pékin, en 2013, il a reçu la "Médaille d'or de l'Alliance française" de l'Institut de France et en 2016, il est élu membre correspondant de l'Académie française des sciences morales et politiques.

Introduction

LIU: Bonjour à tous, bienvenue au SmartMuse Courses du Musée de Shanghai, l'émission spéciale de l'exposition "La Naissance des Beaux-Arts". Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'avoir parmi nous le professeur Dong Qiang de l'Université de Pékin et M. Philippe Cinquini, commissaire de cette exposition. Ils vont partager avec nous leurs réflexions sur l'académie et sur l'art. Je suis Liu Le. Je travaille à la coopération universitaire au Consulat Général de France à Shanghai. Pour commencer, je vous invite à vous présenter à nos auditeurs, s’il vous plaît.

CINQUINI: Déjà, je vous remercie de votre invitation. J'en suis honoré. Je m'appelle Philippe Cinquini, je vis et travaille en Chine depuis presque 20 ans maintenant. Je suis chercheur, historien de l'art et j'ai eu l'honneur d'être commissaire de cette exposition "La Naissance des Beaux-Arts". Mais je ne suis pas le seul commissaire. Il y a la volonté individuelle, mais aussi une volonté collective. Je salue Madame Alice Thomine-Berrada, qui a été co-commissaire avec moi de cette expédition et qui est à Paris.

DONG: Bonjour, je suis professeur Dong Qiang, je suis le doyen de la faculté du français de l'Université de Pékin et surtout je suis spécialiste de la France depuis une trentaine d'années. C'est plutôt la France en général, la culture française. Mais je m'intéresse évidemment aux beaux-arts et notamment à la traduction. Aujourd'hui, je suis très content d'avoir vu cette exposition faite par M. Cinquini et au Musée de Shanghai. Je suis là pour partager un petit peu ma passion pour la peinture française, le système de l'Académie française, la culture française en général.

La trilogie du commissaire

LIU: Merci. M. Dong, il y a eu à Pékin une autre exposition intitulée "De l’École au Salon", est-ce qu'il y a des points communs ou des différences entre ces deux expositions ?

DONG: C'est aussi vous qui avez été commissaire ?

CINQUINI: Oui, j'ai aussi commis cette exposition. En 2018, oui.

DONG: Donc deux ans. C'était une très belle exposition. C'est d'avoir presque ouvert la porte des Beaux-Arts de Paris, qui est une institution un peu mystérieuse, légendaire pour la Chine, vu le rôle qu'il a joué pour la formation de nos grands précurseurs des grands maîtres chinois. Cette collection qui est très, très riche et derrière cette collection, évidemment, (il y a) tout le système pédagogique, le système « moral » et « philosophique », qui est derrière cette institution, etc. Pour moi, ce qui a été à Pékin, ce qui m'a frappé, c'est que c'est la première fois qu'une exposition d'envergure aussi complète et « concentrée » sur les beaux-arts, soit montée en Chine.

DONG: Mais cette fois-ci, cette exposition, je dirais que c'est encore plus clair : avec une lignée encore plus claire et d'un fil conducteur plus pédagogique, qui nous montre en fait la naissance de cette Académie royale jusqu'à... je dirais non pas la fin de l'Académie (car il n'y a jamais de fin), mais en tout cas (celle) de cette évolution qui paraît très nette avec les pièces, les chefs d'œuvre, etc. Donc, je crois que ça va nous permettre, en tout cas à l'audience chinoise, d'approfondir un petit peu la connaissance sur cette Académie.

LIU: Donc M. Cinquini, pourriez-vous, s’il vous plaît, nous parler de vos idées muséographiques et surtout des principes prépondérantes qui ont guidées l'installation de cette exposition au Musée de Shanghai ?

CINQUINI: En fait il y en a eu trois. La première a eu lieu il y a cinq ans et ça s'appelait "Xu Beihong et la peinture académique française", exposition qui a été commise à Pékin et à Shanghai. Donc en fait, on avait commencé à travailler sur cette relation entre la Chine et l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, ses collections et la Chine. Avec cette première exposition, il y a cinq ans, mais c'était centré sur Xu Beihong, globalement la fin du XIXe et XXe siècle. Et puis, on a remonté le temps. Vous savez, c'est un peu l'idée. Je ne vais pas prendre des comparaisons idiotes comme La guerre des étoiles etc. – mais vous savez, on montre toujours l'épisode précédent. Donc on est passé du XXe siècle autour de Xu Beihong au XIXe siècle, avec les collections de l'École des Beaux-Arts et celles du Centre national des arts plastiques. Et on remonte encore d'un cran en arrière aux origines des Beaux-Arts, tout ce qui donnera l'École des Beaux-Arts, qui accueille actuellement ces collections. Donc, voilà en gros le système qu'on a mis en place, il y a une logique.

« La naissance des Beaux-Arts »

LIU: Cette fois, au Musée de Shanghai, l'exposition est intitulée "La Naissance des Beaux-Arts". Comment interprétez-vous ce titre l'un et l’autre ?

DONG: Allez-y, le commissaire, expliquez un peu !

CINQUINI: En fait, ça ne devait pas être "La Naissance des Beaux-Arts". C'est toujours pareil, je livre des secrets d'alcôve. Au départ, on avait pensé à un titre « À la gloire des Beaux-Arts ». Ça paraît un peu pompeux, etc. parce qu’on devait présenter une œuvre très importante qui, finalement, n'a pas pu venir pour différentes raisons, qui était un très, très grand tableau d‘Ingres qui est à l'École des beaux-arts. Mais pour des raisons techniques de temps, on n'a pas pu présenter cette œuvre. Ce Romulus, vainqueur d’Acron, j’espère qu'un jour, il viendra. C’est un grand tableau d’Ingres, qui était à l'École des beaux-arts dans l'hémicycle d'honneur. Mais tant et si bien que comme on n'avait plus cette grande œuvre énorme en termes de taille et pour la fin d'exposition, on a par contre pu avoir la chance d'injecter dans le prêt beaucoup de morceaux de réception à l'Académie royale et beaucoup de Prix de Rome. Tant mieux. Ça, c'est le côté positif, et notamment tous ces tableaux du Louvre.

Donc, par rapport à la chronologie : finir avec le début du XIXe siècle, commencer par les XVIIe, peut-être même un petit peu avant, on voyait qu'il avait non plus cette arrivée vers une œuvre magistrale – confrontation entre Ingres et David – mais cette idée de surgissement, de processus de « naissance », de gestation en quelque sorte, et d'où cette idée qu'on a changé, on a dit bon, vu le prêt, vu ce qu'on a entre les mains maintenant comme œuvres, on va pouvoir porter au public à Shanghai – et bien laissons à la gloire la gloire et puis parlons de « la Naissance des Beaux-Arts ».

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DONG: C'est un très beau titre, mais en même temps, avec la traduction, ça perd un peu le double sens, parce qu'en français, quand on voit « La naissance des Beaux-Arts », il y a une double interprétation. Il y a la naissance de Beaux-Arts comme école, comme Académie des Beaux-Arts ; et puis, en même temps, « La naissance des Beaux-Arts » presque en tant que genre artistique, en tant qu’art à part entière. Et donc dans la traduction, c'est « la naissance des Beaux-Arts » en tant qu' « Art ». Mais en même temps, je crois que c'est tout à fait justifié dans la mesure où, en fait, c'est tout un système ou tout un concept, toute une institution autour de (l'idée des) « beaux-arts », et donc depuis son origine jusqu'au développement. Donc, c'est dans ce sens-là qu'on peut comprendre le titre de cette exposition, mais c'est effectivement un peu dommage que dans la traduction, on ne peut garder qu'un sens... mais on sait qu'en français, quand on entend ça tout de suite, on a les deux sens, les deux aspects.

CINQUINI: Évidemment, le mot Beaux-Arts est un mot extrêmement riche. "美术", en chinois, en est la traduction. « Naissance », oui, c'est toujours ce « lieu ». Je crois que ce qui nous intéressait, c'était vraiment de pouvoir, à travers les œuvres, montrer à la fois la naissance, l’affirmation d'un genre qu'on finira par appeler « les Beaux-Arts », surtout au XIXe siècle. Et puis aussi les chemins variés, parfois cahoteux, chaotiques, liés à l'histoire, qui ont mené à cette institution qui est physiquement au cœur de Paris, à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, qui s'appelle les Beaux-Arts maintenant.

LIU: Pourriez-vous, s’il vous plaît, nous parler de l'époque autour de laquelle cette exposition est construite?

CINQUINI: L’époque, je crois qu'il y a neuf sections dans l'exposition. On nous a dit oui, c'est beaucoup, neuf sections. Enfin bref... Il y en a trois principales. Il y a l'émergence, donc la naissance de l'Académie royale, l'affirmation du classicisme français, sa remise en cause et aussi la remise en cause de la peinture d'histoire comme genre, notamment au XVIIIe siècle, mais aussi son renouveau. On n'arrive pas loin d’où vient David. Et puis, il y a je dirais le deuxième grand moment : la Révolution. Je dirais que c'est ça, le pivot quand même, ce que symbolise aussi l'Ecorché de Houdon, qui est le pivot autour duquel, chronologiquement, symboliquement, artistiquement, tourne l'ensemble. L'émergence de l'Académie, le classicisme français, sa crise et puis des solutions à apporter, et la Révolution française.

C’est une période de rupture puisque l'Académie disparaît, même si elle renaîtra de ses cendres. Et puis on finit vers, en terme d'évolution, vers des choses qui annoncent « le romantisme » : on arrive au seuil du « romantisme ». C'est une période assez longue, c'est deux siècles. C'est beaucoup de moments dans l'Histoire, beaucoup d'évolution artistique, beaucoup d'expertises, beaucoup de personnages très importants, mais bien évidemment, la Révolution française, même si ce n'est pas au centre exact, chronologiquement, le pivot... C'est la Révolution française qui est une espèce d'aboutissement d'une évolution, et qui annonce aussi ce qui se passera après, au XIXe siècle.

DONG: Je suis curieux. Quel est « le dernier tableau » chronologiquement ?

CINQUINI: Chronologiquement, le dernier tableau de l'exposition, c'est un tableau de Bouton qui représente le musée des Monuments français.

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CINQUINI: Je crois qu’il y a un tableau de 1817, c’est début de la Restauration, ça s'arrête là puisque l'École des Beaux-Arts, officiellement c’est 1817, l'École va s'installer sur le site du musée des Monuments français. Et c'est pour ça, la manière dont on a configuré la scénographie de l'exposition, l'entrée et la sortie de l'exposition, c'est la même chose. On rentre et on sort par le même lieu, un espace un peu différent en couleur, en atmosphère, et qui est une évocation (j'ai réussi, j'espère) de ce musée des Monuments français, qui est un musée révolutionnaire. On critiquait les rois, on critiquait la religion, mais l'on valorisait l'art français et les artistes français. Donc, on commence avec ce regard, révolutionnaire sur l'époque des rois et on finit par le Monument et ce regard, puisqu'il annonce la fin du musée des Monuments français et l'installation de l'École des Beaux-Arts sur le lieu actuel.

DONG: Donc vous vous arrêtez au moment même de « la naissance des Beaux-Arts » ?

CINQUINI: Oui, tout à fait, parce qu'en fait le premier tableau, par contre, de l'exposition précédente nommée « Un rêve français », c'était un tableau qui représentait la cour de l'École des Beaux-Arts achevée. C'est un tableau de Vinit très connu : on voit l'architecte Duban avec M. Ingres, qui est là et dans l'environnement de l'École des beaux-arts, la cour d'honneur devant le Palais des Études, le mur du Louvre, etc., qui est l'école actuelle. C'était le premier tableau de l'exposition « Un rêve français - de l'École au Salon », donc le dernier tableau de notre exposition à Shanghai fait raccord avec le premier tableau de l'exposition qui a eu lieu précédemment.

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DONG: C'est votre trilogie.

CINQUINI: Voila c’est ça. Alors, quel sera le quatrième épisode, bon, on a des idées.

DONG: Je trouve que c'est très intéressant, parce que tout à l'heure j’ai fait le tour de l’exposition, mais je n'ai pas fait attention justement à quand est-ce que... vraiment, elle s’est arrêtée. On n'a jamais eu vraiment de ces choses aussi précises, aussi complètes, aussi riches sur cette période-là, pendant ces 200 ans d'évolution. Donc en tout cas c'est une lacune qui est déjà remplie par M. Cinquini.

Le siècle des Lumières et l’art académique

LIU: Dans cette exposition, nous rencontrons l’Encyclopédie, renvoyant aux bustes de Rousseau et d’Hubert Robert. Que peut-on en conclure de la manière dont le siècle des Lumières a influencé la société et l'art de l'époque ?

DONG: C'est très complexe. C’est qu'en France comme en Europe en général, la littérature, la philosophie ont toujours non pas guidé, mais en tout cas ont toujours été très influentes pour tout ce qui est des arts plastiques, pour les beaux-arts. Il y a une évolution dans laquelle, même de Vinci disait que la peinture est une cosa mentale, donc ce qui est intellectuel, ce qui est de l'esprit. Et des gens – comme par exemple le rôle de Diderot, très important dans la mesure où l'on le considère même comme le premier critique d'art de la France parce que c'est lui qui a écrit sur les Salons. Donc du coup, il avait la langue vraiment déliée, il avait eu beaucoup plus d'audace. Et puis surtout aussi, il a un goût personnel et notamment en insistant sur les peintres comme Greuze, par exemple : il propose une vision de l'art ou même une visée morale de l'art, il a proposé un art presque vertueux dans le sens des philosophes des Lumières. On sent que cette tradition, d’ailleurs ça allait être repris par exemple par Baudelaire : quand Baudelaire a fait ses Salons, on ouvre une page, on entre dans la modernité... c'est-à-dire que les philosophes des Lumières ont commencé, justement, cette tradition où les littéraires, les philosophes sont en dialogue permanent avec les plasticiens.

Et cette tradition, pour moi, est très européenne et très particulièrement française. C'était une très, très belle tradition parce que quand on voit Picasso qui peint avec Éluard et sa bande d'amis, etc., on sent que c'est toute une tradition qui a continué. C'est un peu comme en Chine, les poètes et les peintres sont des amis, pas seulement des amis, mais seulement presque des inspirateurs mutuels. Et ça, c'est quelque chose de très, très, très, fort et très important. Évidemment, il y avait aussi Rousseau, Rousseau avec sa vision pour la nature, « l'homme dans la nature », cette vision de la civilisation et de la nature, etc, ... Tout ça va influencer évidemment les peintres et les artistes. Vous êtes d’accord ?

CINQUINI: Oui, tout à fait. Cette tradition existe aussi, je pense notamment à l'importance de l'éducation. Là aussi, on l'a beaucoup évoquée. On a affaire à des artistes très liés aux écrivains et à l'esprit du temps. Mais qui, en même temps, ont été de grands professeurs et donc ont transmis, affirmé une doctrine appelée « la doctrine des Beaux-Arts », donc, une manière de faire, une manière de penser derrière et puis aussi une manière de « société ». Et donc, évidemment, la littérature, comme les Beaux-Arts d'ailleurs eux-mêmes, les Beaux-Arts, ce n'est pas la peinture d'un côté, la sculpture de l'autre.

On était très content de montrer un exemplaire de l'Encyclopédie, mais aussi de montrer des maquettes, pour rappeler le rôle de l'architecture à l'époque. On arrive vers une conception unitaire, enfin... on développe une conception unitaire où peinture, sculpture, gravure... n'oublions pas la gravure, et l'architecture, vont former un ensemble autour d'une idée relativement simple : c'est le beau, le culte du beau, avec pour référence essentielle l'Antiquité. Ça, c'est quand même la base de tout ce système des Beaux-Arts, en tout cas tel qu'il était développé à l'époque.

Il est impossible de parler d'œuvres d'art à l'époque, sans parler de littérature, sans parler du mouvement culturel, de la pensée à l'époque, qui était une période absolument extraordinaire : l'Aufklärung, les Lumières, ce sont quelque chose dont on vient, on en provient. La France ne serait pas la France, elle ne serait pas ce qu'elle est sans cet effort, cette espèce d'arrachement tellement extraordinaire de la pensée. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas eu un avant, mais cette espèce de rupture qui, politiquement, sera concrétisée par la Révolution française. Mais elle passe par cet effort intellectuel et un effort artistique, les œuvres d'art montrent cela aussi.

J'insiste encore, le Houdon, cette espèce de géant, de bronze, ce « corps sans écorce », pour reprendre les propos de M. Comar, qui connaît évidemment très bien le sujet — c'est vraiment le symbole de quelque chose de très fort, d'un retour à l'Antiquité, mais de quelque chose de nouveau aussi, qui est liée à la raison, qui est justement liée à cette philosophie où il n'y a plus Dieu, où il n'y a plus le roi ; il y a le citoyen, l'homme, qui est la mesure de toute chose.

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DONG: Oui, et puis les philosophes s'impliquent directement dans les débats esthétiques de l'époque. On a le célèbre exemple de Rousseau : dans le débat entre « pour le dessin » ou « pour la couleur », par exemple, Rousseau porte évidemment sur « pour le dessin », parce qu'il y a la fin des débats entre les anciens et les modernes. Mais pour les philosophes, par exemple, quelqu'un comme Rousseau pense que le dessin est plus important que les couleurs, à partir du moment où le dessin va vers la vérité de façon plus précise.

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CINQUINI: Ces débats ont continué jusqu'au XIXe siècle, et tout le XIXe siècle était dominé par cette question : « Qu'est-ce qui est plus important, la couleur ou le dessin ? » Grande question, jusqu'à parler d’Ingres, puis de Delacroix, ces grands débats... Et quand les Chinois sont arrivés à l'École des Beaux-Arts, au début du XXe siècle, on parlait encore de ces sujets-là. L'institution gardait vivants encore ces débats : « sans le dessin, pas d'art ! » La base de la formation et de la pratique, c'est le dessin, c'est savoir dessiner. On parlait de l'activité intellectuelle, on parlait évidemment de Léonard de Vinci ; ce qui a permis au roi, ça a été une sorte de marché. Le roi Louis XIV a sorti les artistes — des « pesanteurs », des « corporations », des « métiers », des « artisans », et comment ?

L'argument est que le dessin est une activité intellectuelle, donc par le dessin, les artistes ont pu quitter le simple fait d'être un artisan ou de manipuler des choses, pour devenir quelqu'un ayant une certaine activité intellectuelle qui rejoint la poésie, la littérature, le théâtre, et aussi la musique.

DONG: Ce qu'on peut appeler comme de « l’art servile » vers les arts libéraux.

CINQUINI: Libérer les arts. Par contre, la contrepartie, c'est exactement que les artistes devaient servir le pouvoir royal. C’était cela aussi un petit peu le « marché » qui a été, pour servir entre les artistes, le pouvoir et le roi.