【Conférence】Un Rêve de Beaux-Arts, de Paris à Pékin

Date: 2 février 2018
Lieu: Musée national de Chine, Pékin

【Conférence】Un Rêve de Beaux-Arts, de Paris à Pékin

Introduction:

Le 10 mai 1919, Xu Beihong atteignait Paris après un voyage de plus de cent jours entre Shanghai et l’Europe. La voiture passa devant l’Arc de Triomphe, descendit les Champs Elysées, frôla les Petit et Grand Palais, traversa la Place de la Concorde pour rejoindre les quais de la Seine. Immédiatement, Xu Beihong vint se recueillir au musée du Louvre. Les salles étaient à moitié vides et dans cette désolation d’après-guerre, il vit comme un miracle les tableaux de Jacques-Louis David et d’Ingres. Ces lieux, ces héros et leurs œuvres lui étaient si familiers depuis qu’il se préparait à venir étudier en France, qu’il eut l’impression d’un déjà-vu. Ensuite, il visita le musée du Luxembourg où se tenait une exposition consacrée à Carolus-Duran (1837-1917) ; ses tableaux y étaient présentés une dernière fois avant de rejoindre le Louvre, privilège des maîtres disparus. Dans ce récit qu’il rédigea quelques années plus tard, Xu Beihong a alors donné une liste de noms d’artistes dont les œuvres étaient exposées au Salon de 1920 : Bonnat, Laurens, Dagnan-Bouveret, Flameng, Besnard, Lhermitte et Cormon. « Tous, méritaient d’être admirés » écrit-il à propos d’une période où il se préparait à rentrer à l’École des beaux-arts de Paris.

Cette première expérience de Xu Beihong à Paris fut partagée par beaucoup d’artistes chinois qui vinrent étudier en France à partir du début des années 1910. Leur présence était le résultat d’un goût peu commun de la Chine pour les beaux-arts français. On peut avancer que la Chine fut l'une des civilisations les plus influencées par la culture française et ses arts à l’ère contemporaine. Quoi qu’elle en fît, même en mal, la France restait aux yeux des réformateurs chinois la « Grande Nation » héritière de la Révolution de 1789. Aussi, la présence des artistes chinois en France s’explique d’abord par le choix que les intellectuels à la tête du mouvement de modernisation en Chine ont fait à la fin du XIXe siècle en faveur de la France. A leurs yeux, celle-ci était le modèle d’une relation exemplaire entre un système politique républicain héritier de la Révolution française et une culture ancrée dans une tradition humaniste et féconde à l’ère des sciences et de l’industrie. Dans les années 1910, Cai Yuanpei formula une esthétique républicaine chinoise, attribuant à l’art une fonction réformatrice qui prévaluait durant toute la période Minguo et au-delà.

Nous allons présenter, à travers la centaine de chef-d'oeuvres de l'exposition "Un rêve français" — de Ingres à Landowski, de l'Ecole au Salon, les éléments essentiels de l'art français du XIXe siècle ; nous allons montrer que l'art dit « académique », soit les Beaux-Arts et l'Ecole française, a considérablement contribué à la modernité artistique. Ces Beaux-Arts français  ont été justement reconnus et utilisés par les grands artistes chinois du XXe siècle pour développer un art chinois moderne et original, qui a continué de rayonner aujourd'hui dans le monde entier.

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