【Séminaire】“Appreciated Leisurely – Exposition des œuvres peintes de Zhou Jingxin” session de partage d’art

Lieu: 2 avril 2021
Date: Guoyunlou, Suzhou

【Séminaire】“Appreciated Leisurely – Exposition des œuvres peintes de Zhou Jingxin” session de partage d’art

Introduction:

Le 2 avril 2021, “Appreciated Leisurely - Exposition des œuvres peintes de Zhou Jingxin” a été inaugurée à la Guoyunlou de Suzhou. L'exposition présente plus de 40 tableaux créés par M. Zhou Jingxin ces dernières années, notamment les séries « Beauté », « Héron et poisson », et même « Nager ».

M. Philippe Cinquini a été invité à assister à la cérémonie d'ouverture et à la session de partage d'art. Il a également rédigé la préface de l'exposition.

M. Philippe Cinquini lors de la cérémonie d'ouverture

Invités à la session de partage d'art, de gauche à droite : M. Chen Zheng, M. Zhou Jingxin, M. Philippe Cinquini et Mme Fan Xiaoqing.

M. Philippe Cinquini lors de la session de partage d'art

Préface de l'exposition :

La Salamandre

Rapprocher la peinture et la sculpture est une idée ancienne - pensons à Michel-Ange. Elle fut toujours la source d’un renouveau. La démarche est technique et artistique ; il ne s’agit pas seulement de donner du modelé à une image, ou de lui donner une forme, mais bien de l’animer. En français, « animer » est un mot intéressant ; il provient du latin anima qui signifie le « souffle », donc la respiration et la vie. Insuffler la vie à une image et à une forme, c'est une tâche difficile, car elle oblige l’artiste à ne pas se contenter de signes ou de symboles, mais à créer au contraire une représentation plastique qui se rapproche à tel point de son modèle, qu’elle l’incarne, vivante ou presque.

Nous regrettons que l’Occident ait rompu avec cette approche ; elle fut le socle de sa civilisation, de l’Antiquité à la Renaissance, depuis la frise du Parthénon jusqu’au sourire de la Joconde. Aujourd’hui, tout n’est que signe, un jeu de symboles soumis au discours pauvre et incompréhensible de « l’art contemporain ». Entre la forme et la vie, le fil d’or a été rompu en Europe.

Auguste Rodin disait : « Un art qui a de la vie ne reproduit pas le passé ; il le continue. » Heureusement, en Chine, Zhou Jingxin poursuit la peinture à l’encre. Le passé, avec sa tradition, Zhou le porte en lui, et il avance avec lui. Zhou est originaire du Jiangsu, il a étudié à Nankin, il a enseigné à Nankin, dans une des plus grandes écoles des beaux-arts de Chine. Mais à l’exemple de ce que nous dit Rodin, Zhou continue, à travers sa peinture, une quête de la vie, tendue de l’instant vers l’avenir. Le temps auquel est confronté l’artiste, est moins le sien, que celui des choses – techniques et sujets - entre lesquelles il établit un rapport dans son œuvre ; d’une certaine manière, Zhou Jingxin a mille ans.

Zhou Jingxin croit aussi que « dessiner d’après la nature, c’est créer » ; il n’a pas tort. Ce principe rappelle d’autres peintres modernes chinois, importants dans le Jiangnan, dans la région même de Suzhou ; nous pensons ici à Ren Bonian - même s’il venait du Zhejiang. Son influence fut profonde ; en plein XXe siècle, Xu Beihong et Yan Wenliang en furent les témoins.

Observer la nature, c’est une école de pensée. Elle inspire la technique et la main qui peint ; c’est un art de l’exécution ; même la calligraphie en provient. Ainsi, les bénéfices dont l’observation de la nature est la source, sont nombreux ; nous les voyons à l’œuvre dans la peinture de Zhou Jingxin.

Les Français, très influencés par les Beaux-Arts, voient dans les figures humaines de Zhou Jingxin, dans ses « Personnages ailés », dans la série « Rôle », l’écho de l’anatomie artistique ; moins celle de Michel-Ange qui rentrait dans la mécanique des corps, que celle plus moderne, qui s’intéressait à la morphologie et au mouvement. Paul Richer eut le rêve de faire coïncider la science et l’art, mais nous pensons surtout aux photographies de Muybridge et de Jules Marey qui jouaient des rapports entre le blanc, le noir, et toutes les dégradations du gris.

Sa réflexion sur l’encre et le lavis a mené Zhou Jingxin à sa manière « d’aplat d’encre », si particulière ; elle sublime le rapport entre le trait de contour et le remplissage. De même, il arrive un moment où il faut résoudre la question de la surface et de l’intérieur ; il y a la peau et ce qu’il y a dessous. Mais que serait l’une sans l’autre ? La solution, sans doute, passe par une sorte d’énergie vitale, d’âme, que l’artiste parvient à insuffler à ses figures grâce à sa « sculpture du lavis ». Comme tout bon sculpteur - même si c’est en peinture qu’il exprime son talent - Zhou Jingxin est un très bon dessinateur ; je le soupçonne même d’être parfaitement rompu à l’art du dessin académique, d’après nature. Il le maîtrise tant, qu’il n’a plus besoin de copier, et c’est le pinceau qui fait apparaître la peinture. Les images de Zhou Jingxin rappellent Rodin mais aussi Barye ; la « sculpture du lavis » excelle dans les représentations animales, dans « Beauté », « Héron et poisson », et même « Nager ».

L’art cherche la vie, s’en rapproche mais il est en reste toujours le « simulacre », le beau simulacre, précisément, pour ne pas la trahir. À nos yeux, l’œuvre pointe le beau et le vrai, sans pouvoir s’y substituer. Cette limite constitue autant la force de l’art, que son accomplissement, car l’œuvre d’art porte un vide, un entre-deux qui est rempli par la nostalgie du beau ; n’est-ce pas ici un des aspects du règne de ce qu’il y a « entre la ressemblance et la dissemblance » dont parlait Qi Baishi ? Cette sorte de sensation, qui ressemble à la déception amoureuse, se retrouve dans l’œuvre de Zhou Jingxin car elle nous donne à voir cette nostalgie du beau qui tenaille l’artiste devant le spectacle de la Nature.

L’humour enfin, est un symptôme de l’ironie, et l’ironie est indispensable à l’art ; sans elle, les anciens Grecs l’avaient bien compris, l’art pèse des tonnes et s’écrase sous son propre poids avant d’être englouti par le néant. Précisément, la série « Personnages » de Zhou Jingxin est savoureuse ; c’est une forme de peinture d’histoire, pleine de personnages, de sentiments et d’humour. Ici, git peut-être le souvenir d’« Au bord de l’eau » et de son œuvre de jeunesse, avec l’ampleur et la liberté qu’autorise la maturité. La couleur elle-même, celle dont fait usage Zhou Jingxin, est emprunte d’humour ; elle maquille ses figures pour mieux nous toucher. Zhou Jingxin cite à raison le sculpteur suédois, Axel Robert Petersson. Ses groupes de personnages, comme dans « La danse », associent la simplicité plastique d’où émanent la gravité et l’émotion, avec une pointe de satire et d’humour qui nous font également penser au Français Honoré Daumier.

Pour finir, les tableaux de la série « Nager » de Zhou Jingxin sont de magnifiques « aquariums » ; ils nous rappellent « les cabinets de curiosités », collections de petites bêtes nageantes et rampantes. J’y remarque particulièrement cet amphibien, sorte de salamandre pouvant respirer dans l’eau. Admirons ensemble à Suzhou, dans les salons de Guoyunlou baignés d’une douce atmosphère de « poésie remplie de senteur tranquille », les merveilles de la Nature et les œuvres du maître Zhou Jingxin.

Philippe Cinquini, 26 mars 2021