Introduction:
Le 18 septembre 2019, la cérémonie d'ouverture du symposium académique international Traverser la frontière : échanges d'art entre la Chine et l'Occident organisé par l'Université du Sud-Est à Nanjing.
M. Philippe Cinquini a été invité à participer au séminaire et a donné une discours intitulé « "Le Cheval marche sur les pointes" - Quelques réflexions au sujet des chevaux de Xu Beihong à travers Paul Valéry ».
Résumé de la présentation :
« Oh Vivre, ce n’est qu’à épuiser mon effort, éteindre ma conscience, anéantir mon être ! ». Cette phrase est écrite au crayon dans le coin supérieur gauche du Dessin 777 conservé au musée Xu Beihong à Pékin ; elle ne laisse pas d’intriguer car elle ne semble pas avoir de rapport avec le sujet de l’œuvre : un magnifique cheval noir au pelage luisant, rendu dans un réalisme mimétique. Or, le paradoxe n’est qu’apparent car le texte inspiré d’un poème de Paul Valéry et le sujet traité de la façon typique d'un aspirant artiste de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris, fonctionnent de concert. En effet, le dessin d’après nature, Xu Beihong apprit à le maîtriser rue Bonaparte en travaillant devant l’antique et le modèle vivant. Le cheval était obligatoire, la tradition et l’histoire l’imposaient. Au XIXe siècle, Géricault en avait fait son dieu avant que la photographie n’en eût dévoilé le mouvement exact, scientifique, anatomique donc artistique. De l’un à l’autre, le dessin était le credo d’une religion du beau et le cheval incarnait un accord parfait entre l’homme et la nature, tantôt domestiqué, tantôt libre et sauvage, toujours tragique. Mais sans ce cheval naturaliste du Dessin 777, pas de chevaux à l’encre chinoise tels que Xu Beihong les définit à la fin des années 1920 ; ils sont devenus depuis un des symboles universels de l’art chinois.
Pour ce résultat, il fallut l’esprit dont témoigne la phrase autographe du Dessin 777 ; elle est le reflet du Cimetière marin de Paul Valéry. Il faut y voir la culture littéraire d’un jeune étudiant chinois à Paris de l'entre-deux-guerres, mais aussi le signe d’un engagement mélancolique et nostalgique, donc implacable envers la mode.

Dessin 777, musée commémoratif de Xu Beihong
Que voulait Ju Péon à Paris ? Le beau et le meilleur, des frises du Parthénon à Jiu Fanggao. Le plus grand poète français de l’époque donna un texte à l’exposition du musée de Paume organisée en 1933. Valéry y écrit en guise de conclusion : « En peu d’années, les jeunes artistes chinois ont eu connaissance de l’ensemble des œuvres européennes. Ils sont en possession de deux passés, le leur et le nôtre. » Cette phrase doit marquer notre compréhension du mouvement Liufa et du phénomène chinois à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Tant pour Valéry que pour Xu Beihong, le passé n’était pas dépassé, mais la source d’un questionnement perpétuel et indispensable à la nouveauté.
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